Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Profil

  • Mutur Zikin
  • Je souhaite rester anonyme mais voici ce que j'aime faire : http://www.muturzikin.com/EHmapa00.htm
  • Je souhaite rester anonyme mais voici ce que j'aime faire : http://www.muturzikin.com/EHmapa00.htm

Mon site web

Mon site Internet : Muturzikin.com
et un peu moi-même: About the author  (en anglais)

Rechercher

14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 08:16
aboriginal girlOoops, non, je ne vais pas vous parler de politique française, surtout pas, mais plutôt de particularités linguistiques très intéressantes.
Le monde est rempli de langues qui expriment des situations très particulières sous différentes formes syntaxiques ou grammaticales.
Dans la langue aborigène Kuuk Thaayorre, la droite et la gauche n'existent pas, les locuteurs du peuple Thaayorre utilisent plutôt les 16 points cardinaux. Par conséquent, les partis politiques français sont-ils à l'Est ou à l'Ouest ?
Dans ce petit texte ci-dessous, je m'attache à compiler quelques petits exemples anecdotiques connus, mais j'imagine que des milliers d'autres spécificités n'ont toujours pas été découvertes.

 

droitgauche.jpgL'algonquin, langue parlée par 2500 personnes au Québec et connue pour avoir une morphologie polysynthétique complexe, a plusieurs particularités dont celle d'être une langue qui organise le verbe en une série de quatre classes autour d'une polarité animée / inanimée» (les verbes sont transitifs ou intransitifs selon que les cas soient inanimés (table, couteau) ou animés (astres, animaux, arbres)). Une autre originalité de cette langue est le marqueur «direct-inverse» qui fait que, suivant la terminaison du verbe, la personne qui l'utilise est soit le sujet ou l'objet de l'action. C'est une explication des linguistes faite seulement au XIXe siècle, car même si des personnes d'origine européenne parlaient la langue et avaient décrit les principes grammaticaux de l'algonquin dès le XVIIe siècle, ils n'avaient pas expliqué les fondements de cette inversion.

Une autre singularité de l'algonquin est sa hiérarchie pronominale où la deuxième personne (tu) exclut la première personne (je) qui à son tour exclut la troisième personne (il, elle, on) [2>1>3] (Exemple : Tu frapper (terminaison A)= tu me frappes / Tu frapper (terminaison B) = je te frappe donc le «tu» l'emporte toujours sur le «je»). De plus, si l'on parle de deux personnes, il existe une hiérarchie entre elles ou une obviation (Exemple : Joe aime Sandra, Joe étant le sujet principal, on ajoute le suffixe obviatif «-n» à  Sandra et un autre au verbe). Les personnes peuvent être localisées en termes de distance (Exemple: Joe voit Sandra, si Sandra est plus proche que Joe par rapport au sujet qui en parle, un suffixe obviatif va à Joe). La hiérarchie pronominale existe dans beaucoup de langues, mais l'algonquin est peut-être la seule langue où la deuxième personne est prépondérante. La coutume qui veut que le mot «merci» par exemple, est dit par celui qui donne et non celui qui reçoit, donne une dimension autre à cette langue.

 

livre.gifCette prolifération de cas, de genres et d'agglutinations cependant, représente une multiplication de phénomènes qui sont connus dans des langues européennes. Mais prenons le cas du «nous». Dans la langue kwaio, parlée dans les îles Salomon, «nous» existe sous deux formes : «moi et vous» (inclusif) et «moi et quelqu'un d'autre mais pas vous» (exclusif). Le kwaio n'a pas simplement un singulier et un pluriel, mais aussi un duel et un paucal. Tandis qu'en français le «nous» simple est suffisant, dans la langue kwaio, il y a le «nous deux», «nous peu» et «nous beaucoup». De plus, chacun de ces derniers a deux formes, un inclusif («nous comprenant vous») et l'autre exclusif («nous ne vous comprenant pas»). Il ne serait pas difficile d'imaginer et d'exprimer les situations sociales si vous étiez forcé de rendre cette distinction explicite.

Le berik, parlé par un millier de personnes, de la famille Tor-Kwerba, est une langue de Papouasie- Nouvelle-Guinée qui exige également que des mots codent l'information. Les verbes ont des fins, souvent obligatoires, qui racontent quand dans la journée, quelque chose s'est produite ; telbener signifie «[il] boit des boissons en soirée». Mais encore, là où les verbes prennent des objets, selon leurs fins, cela indiquera leur taille : kitobana signifie «donne trois grands objets à cet homme à la lumière du soleil.» Quelques fins de verbes indiquent même où est l'action du verbe par rapport au locuteur : gwerantena signifie «placer un grand objet dans un endroit bas tout près». Le Chindali ou Ndali, langue bantoue de Tanzanie et du Malawi, a un dispositif semblable. On ne peut pas indiquer simplement que quelque chose s'est produite ; la fin du verbe montrera si elle s'est produite en ce moment, plus tôt aujourd'hui, hier ou avant hier. Le temps futur fonctionne aussi de la même manière.

 

bleu-vert.jpgQuand le bleu et le vert sont un seul et même mot

De très nombreuses langues ne font pas de distinctions entre le vert et le bleu. En langue kurde, le mot «şîn» (prononcé Sheen), qui signifie "bleu", est utilisée pour certaines choses vertes dans la nature comme les feuilles, l'herbe, ou les yeux. Toutefois, il existe un autre mot, «kesk», qui est utilisé pour d'autres choses vertes, par exemple le vert du drapeau kurde.
Dans la langue sioux, le lakota, le mot «tĥo» est utilisé à la fois pour le bleu et le vert. Même affaire, dans les langues mayas, par exemple le yukatek, le "bleu/vert" se dit «yax». En mongole, le mot pour vert est «ногоон» (nogoon) par contre les Mongoles distinguent le bleu foncé «хѳх» (HOH) du bleu clair «цэнхэр» (tsenher).

Autres exemples, plus proches de nous linguistiquement parlant avec l'allemand et ses trois genres. Mark Twain s'est déjà demandé pourquoi «une jeune dame n'a aucun sexe, mais un navet en a un». Dans les langues aborigènes, il existe près de 16 genres différents, ainsi un genre rassemblant les outils de chasse, un autre les choses qui brillent, et même un genre qui s'applique aux femmes, au feu et aux choses dangereuses.

À l'occasion d'une comparaison faite entre germanophones et hispanophones, on peut constater que des idées associées à un mot dépendent du genre grammatical qui lui est assigné respectivement dans chaque langue. Ainsi, au mot «pont», qui est du genre féminin en allemand, le locuteur allemand associe des adjectifs tels que beau, gracieux, fragile, léger, etc. En espagnol, le même mot qui se trouve être du genre masculin suscite des qualificatifs tels que massif, solide, dangereux, long, imposant…


noamchomskyQuelles sont les conséquences sur notre comportement ?

Une divergence d'opinions existe depuis quelques décennies entre linguistes, entre ceux, comme Noam Chomsky, qui pensent que la rigidité ou la souplesse d'une langue fonctionne de la même manière dans le cerveau ou d'un autre point de vue, proposée par Benjamin Lee Whorf, linguiste américain du début du XXe siècle, qui soutient que différentes langues conditionnent ou contraignent les habitudes de l'esprit de la pensée.
Chomsky pense que le langage est "pré-organisé" d'une façon ou d'une autre dans la structure neuronale du cerveau humain et que l'environnement ne vient que sculpter les contours de ce réseau en une langue particulière. Une approche qui demeure radicalement opposée à celle de Skinner ou Piaget où le langage n'était construit que par la simple interaction avec l'environnement. Cette conception béhavioriste (comportementalisme) où l'acquisition du langage n'est qu'un " produit dérivé " du développement cognitif général fondé sur l'interaction sensori-motrice avec le monde avait semble-t-il été abandonnée suite aux thèses de Chomsky.
Le Whorfianisme ou hypothèse Sapir-Whorf qui a été critiqué pendant des années, mais qui fait un retour, dit à peu près ceci : les hommes vivent selon leurs cultures dans des univers mentaux très distincts qui se trouvent exprimés (et peut-être déterminés) par les langues différentes qu'ils parlent. Partant du fait que l'on ne trouve aucune notion temporelle dans la langue Hopi, Benjamin Lee Whorf en déduit que la pensée est conditionnée par la langue qui l'exprime. A ce premier principe se combine un autre : celui suivant lequel la langue est conditionnée par la culture, principe qui sera plus particulièrement développé lors de sa collaboration avec Sapir. Ce principe de la relativité linguistique s'oppose radicalement à l'hypothèse chomskyenne du caractère inné du langage dans la mesure où il lui stipule un caractère acquis. Ce principe s'oppose également à l'ensemble de la conception néo-grammairienne de la linguistique, qui, jusqu'à Saussure, envisageait la langue comme un système propre indépendant des contingences sociales et culturelles. Language is shaped by culture and reflects the individual actions of people daily (Le langage est façonné par la culture et reflète les activités quotidiennes des individus.) Je vais donner mon humble opinion, mais je penche pour l'analyse faite par Chomsky. Il me semble que la structure d'une langue influence grandement le comportement et la culture et non l'inverse.

La droite et la gauche ou l'est et l'ouest

Lera Boroditsky de l'Université de Stanford, nous en fait la démonstration avec l'exemple de la langue kuuk thaayorre. Parlée par seulement 250 aborigènes d'Australie (Queensland), cette langue n'a aucun mot pour «gauche» ou «droite», utilisant des directions cardinales telles que le «nord» et le «sud-est» (exemple : «vous avez une fourmi sur votre jambe du sud-ouest»).
kuukMme Boroditsky nous dit que n'importe quel enfant de la tribu des Thaayorres sait instantanément ce que «sud-est» veut exprimer à un moment donné, tandis que si vous demandez à une salle pleine de professeurs de Stanford de se diriger au «sud-est» rapidement, ils ne seront pas où aller sauf par chance.
Chose cocasse, la salutation standard en Kuuk Thayoorre est «où allez-vous ?», avec une réponse du genre «nord-nord-est, dans la distance moyenne.» Ne sachant pas de quelle direction il s'agit, Mme Boroditsky note qu'un occidental ne pourrait rien comprendre avec un simple «bonjour».
Cette importance accordée à l'orientation spatiale, à la position dans l'espace influe sur les représentations abstraites, plus complexes, telles que la perception du temps. Illustration : si on leurs demande de classer des images comportant une logique de déroulement dans le temps (un vieillard, un crocodiles pris à divers stades de croissance, une banane qu'on mange…), contrairement à un Occidental qui classera les images suivant son sens d'écriture habituel (de gauche à droite, ou de droite à gauche) pour restituer l'ordre chronologique normal, l'aborigène en question, lui, va les classer selon les points cardinaux en fonction de l'endroit où il se trouve au moment où il est lui demandé de procéder à ce classement : s'il est assis face au sud, les images sont classées de gauche à droite, et s'il est assis face au nord, de droite à gauche. S'il est face à l'est, il classera les cartes en les alignant de haut en bas, etc.
Les universalistes répliquent que les néo--Whorfians trouvent des dispositifs extérieurs insignifiants de la langue : l'affirmation que la langue resserre vraiment la pensée n'est toujours pas prouvée.


tuyuka Quelle est la langue la plus difficile au monde ?

Avec tout ça à l'esprit, mais quelle est la langue la plus dure à apprendre au monde ? La première réponse qui me vient à l'esprit est que cela dépend de votre langue maternelle. Apprendre le portugais si vous êtes Espagnol sera beaucoup plus facile que si vous êtes Chinois.
De nombreux linguistes semblent pencher pour le tuyuca, de l'Amazone orientale, parlée par 800 personnes dont 350 en Colombie et 450 au Brésil (aussi appelé Dojkapuara, Tejuca, Doxká-Poárá, Tuyuka, Doka-Poara, Tuiuca, and Dochkafuara). Cette langue a un système de son avec des consonnes simples et quelques voyelles nasales, mais il n'est pas aussi difficile à parler, à comparer de l'oubykh qui possède 83 consonnes ou du !Xóõ et ses 58 consones, 31 voyelles, et quatre tons.
Comme le turc, il agglutine fortement, de sorte qu'un mot tel que hóabãsiriga signifie «je ne sais pas écrire.» Comme le Kwaio, il a deux mots pour le «nous», inclusif et exclusif. Les classes de noms (genres) dans la famille de langue du tuyuca (parents proches y compris) ont été estimées entre 50 et 140. Certains sont rares, comme l'«écorce qui ne s'accroche pas étroitement à un arbre», qui peut être prolongement aux choses telles que le pantalon ample, ou le contre-plaqué (le plywood en bon québécisme) humide qui a commencé à se décoller de toute part. Et comme toutes langues non-indo-européennes, plus de 90% du vocabulaire usuel est à apprendre.

Le tuyuca exige des fins aux verbes afin de démontrer comment l'orateur sait quelque chose. Diga ape-wi signifie que «le garçon a joué au football (je le sais parce que je l'ai vu)», alors que diga ape-hiyi signifie «le garçon a joué au football (je suppose)». Le français peut fournir de telles informations, mais pour le tuyuca, une fin est obligatoire sur le verbe, donc cette langue exige une condition sociale, une perception, une connotation personnelle à la phrase. Ces langues décriées comme primitives autrefois ont en fait des leçons à nous donner, grammaticales et syntaxiques n'est-ce pas ?
Quant à ceux qui mettent la langue française sur un piédestal, je leurs dis simplement que c'est une langue comme les autres, avec ses forces mais aussi ses faiblesses.


Les linguistes se demandent encore avec précision comment une langue fonctionne dans notre cerveau, et les exemples tels que le tuyuca sont éventuellement une matière première de premier choix. Avec la disparition des langues comme l'oubykh (disparut en 1992), les linguistes se dépêchent à apprendre, compiler, enregistrer ce qu'ils peuvent avant que les forces de la modernisation et de la mondialisation n'emportent à tout jamais les langues les plus étranges pour certains, les plus riches selon moi.

Partager cet article

Repost 0
Published by Mutur Zikin - dans muturzikin
commenter cet article

commentaires