Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Profil

  • Mutur Zikin
  • Je souhaite rester anonyme mais voici ce que j'aime faire : http://www.muturzikin.com/EHmapa00.htm
  • Je souhaite rester anonyme mais voici ce que j'aime faire : http://www.muturzikin.com/EHmapa00.htm

Mon site web

Mon site Internet : Muturzikin.com
et un peu moi-même: About the author  (en anglais)

Rechercher

15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 21:59

Ne pleurons pas si une langue meurt !

C’est facile de dire ça, mais soyons réaliste, une langue est comme toute chose, elle naît, elle vit puis elle meurt. On oublie trop souvent que les choses ne sont pas immuables, éternelles. Combien de langues meurent aujourd’hui ? Les linguistes estiment qu'il devait y avoir probablement 10 000 langues il y a 500 ans. De nos jours, il meurt environ 25 langues par année, soit une toutes les deux semaines et, d'ici 2100, certains experts croient que 90% des langues encore vivantes ou plutôt moribondes seront disparues. Il y a 6 900 langues répertoriées aujourd’hui, donc par simple calcul il en restera environ 700 dans un siècle.

Ça a l’air de ne déranger personne apparemment, n’est ce pas ?

 

pleurer.jpgD’ailleurs on n’en parle presque jamais dans les journaux. Pourtant les combats linguistiques existent bel et bien. '' Touchez pas à ma langue ! '' Dises tout haut les Québécois ou les Wallons. On l’entend fréquemment dans les journaux sous toutes les formes, mais pourtant le Québécois en règle général se fiche de savoir que la langue huronne ait disparu à cause de lui (la langue maternelle des Hurons aujourd'hui, c'est le français) et que sur les 13 langues autochtones encore vivantes au Québec, 11 sont sérieusement menacées.

Quant au français, il ne s’est jamais aussi bien porté avec environ 180 millions de locuteurs (1ière et 2ième langues confondues). La tendance actuelle est de se comparer à l'anglais, machine à broyer les langues. C'est évident qu'il est plus facile d'aller voir la paille chez son voisin anglais quand on a une poutre dans son œil. Ça fait moins mal de se comparer aux autres langues internationales que de constater que le français de France menace sérieusement 26 langues autochtones et le français du Québec en menace 13 (selon un rapport de l'UNESCO). En se focalisant très souvent sur le ''méchant anglais'', on peut justifier par la suite sa politique linguistique qui consiste à éliminer graduellement la diversité linguistique tout en prônant une autre diversité pour sa propre survie.

 

On peut affirmer aussi que la langue anglaise et espagnole sont les plus grands linguicides (génocidaires linguistiques) de notre histoire contemporaine. Pas étonnant qu’elles soient respectivement la 3ième et la 2ième langues les plus parlées dans le monde (en tant que langue maternelle, l'espagnol depuis 5 ans est plus parlé que l'anglais comme langue maternelle, mais comme seconde langue, l'anglais a déjà atteint le milliard).

Chaque pays riche se donne dans l’opinion publique les moyens de combattre une autre langue internationale plus forte qu’elle, en l’occurrence l’anglais, mais c’est un problème de riche, un problème d’enfants gâtés pour certains. Le québécois devrait arrêter de chialer pour sa langue car il a un grand frère de 180 millions (180 000 000) de personnes, tandis que l’innu-aimun (ou montagnais) avec ses 14 000 locuteurs ou l’algonquin avec ses 2 500 locuteurs n’a personne pour le soutenir, d'ailleurs leurs locuteurs sont tous bilingues aujourd'hui (français pour l'essentiel). Pendant que les Québécois pleurent face à la langue anglaise, ça ne les dérangent pas de voir sous leurs yeux, sur leur 'territoire' entre guillemets, les 600 Naskapis à l'agonie culturelle et linguistique. Le Basque peut lui aussi continuer à chialer (se plaindre en bon français), car il n'est pas sur de s'en sortir puisque plus de 99.9% de ses habitants sont désormais bilingues français ou espagnol.

Les langues sont un moyen de communiquer, point, une façon d’appréhender et d’absorber le monde. Leur donner plus d’importance comme le font les grandes langues, c’est se donner plus d’importance, vouloir que sa langue domine, c’est vouloir dominer l'autre pour se sentir en sécurité.

 

Ça y est le mot est lâché : sécurité. Oui, alors tout ça pour ça ?

 

Mais de la sécurité linguistique, ça n’existe pas, tout comme la sécurité d’une vie sans problème de santé ou autres. Les choses évoluent, changent. Prenons un exemple qui fait peur et admettons que l’on ne parle qu’anglais au Québec. Premièrement regardons la composition de l’anglais par pourcentage : Français et le normand (ou anglo-français) : 28,3 %. Le latin, y compris les mots scientifiques et techniques récents : 28,24 %. Ancien et moyen anglais, vieux norrois et hollandais : 25 %. Grec : 5,32 % Étymologie indéterminée : 4,03 %. Mots dérivés de noms propres : 3,28 %. Mais un vrai cocktail linguistique que cette langue.

Deuxièmement, j’ai répertorié pour Wikipédia quelques 27 dialectes anglais en Amérique du Nord. A long terme, il est donc possible qu’une langue telle que le franglais du Québec ou une autre langue émerge et soit la nouvelle entité linguistique d’un peuple pluriel. C'est tout à fait plausible comme scénario, scénario qui existe actuellement en Suède où l'on ne sait plus si l'anglais ou le suédois sera la langue de demain.

 

Pour moi il est important de préserver les langues minoritaires car tout un patrimoine culturel vient avec, une histoire. C'est donc la culture qu'il faut défendre ainsi que la langue qui va avec. Si vous changez de langue, vous changerez vos traditions et votre approche aux choses et envers les autres.

Faisons en sorte que notre histoire québécoise, ou basque reste en vie mais s'il vous plaît, faisons une immense place à nos frères de terre, aux langues amérindiennes. Sans eux, nous ne méritons pas notre survie, linguistique bien sur...

 

Quand une langue disparaît, ce qui me dérange le plus, c'est qu'une vision du monde s'envole à tout jamais. Il ne reste qu'à l'homme que quelques façons d'aborder le monde. Ça c'est triste !

 

Merci, Wilmi, Mîkwêc, Qujanarssuaq, Weláliek,
(français, abénakis, cris, inuktitut, micmac)


Je vous suggère la lecture de ce texte de louis-Jean Calvet  Une langue qui meurt, c'est une vision du monde qui disparaît. C'est un point de vue que je partage.


Lire les commentaires


Partager cet article

Repost 0
Published by mutur zikin - dans muturzikin
commenter cet article

commentaires

Marc Bf 10/03/2010 14:03


Décidément, vos articles sont de qualité ! Si je peux me permettre de rajouter quelque chose : en France, tout le monde doit prendre anglais comme LV1 ou LV2, c'est-à-dire l'étudier pendant sa
scolarité. J'ai moi-même été professeur d'anglais 2 ans. Le discours, c'est que tout le monde doit parler anglais, c'est la langue de demain, elle est nécessaire. Actuellement, je me reconverti
professionnellement et je suis au sein d'un lycée professionnel en contact avec des jeunes de 16-20 ans. Ils doivent apprendre l'anglais. Sauf qu'ils n'en ont rien à faire, ça ne leur
servira à rien dans leur vie professionnelle, et c'est pareil pour beaucoup de gens, donc ils le travaillent peu (et c'est le dernier de leurs soucis). Voyez plutôt le gâchis d'argent public :
on choisit une éducation pour les élèves en fonction des besoins des élites et on voit le monde en fonction de cela aussi mais une grande majorité n'en a rien à faire et n'a pas d'urgence à vivre
en anglais. Mon boulanger, un prof de math, le policier qui m'arrête au radar, mon médecin, l'infirmier qui me soigne, etc... n'ont pas besoin de l'anglais vitalement. Mais c'est vrai que cela
peut être un plus.
Inversement, en Alsace, ce qui m'énerve (mais je ne connais pas assez la situation c'est vrai), c'est que l'on supprime une langue. Pourquoi ? Parce qu'elle n'est pas enseignée aux enfants de ceux
qui y viennent. Or, qui amène le français, si ce n'est ceux qui parlent français ? Cela ne menace pourtant pas le français qui peut être aussi appris en plus de l'alsacien. Pourquoi :
parce que l'alsacien est la langue natale de l'Alsace, mais que l'Alsace fait partie de la France. Nous avons le fait que le français est la langue de la France. Soit. Mais qu'on laisse un
enseignement bilingue se faire. On sait faire des écoles bilingues, alors faisons-le ! Une langue n'est pas exclusive (un peu quand même pour l'instant) d'une autre, même si cela prend du temps
d'en apprendre une. Mais en France (occupons-nous déjà de nous), pourquoi cette "violence linguistique" devrait-elle exister ? Il suffit de laisser les gens qui le souhaitent transmettre
leur langue et leur donner la possibilité de vivre dans cette langue (administration bilingue, écoles bilingues...), en plus du français. Ainsi le français resterait langue
d'union, sans se faire au détriment des langues locales.
Merci de vos renseignements sur la situation au Québec, au fait, c'est intéressant.


Mutur Zikin 10/03/2010 21:29



Je pense qu'il y a principalement que deux approches pour aborder les langues minoritaires :


Sans affect particulier pour une langue minoritaire (dialectes, langues régionales ou autochtones), la langue du plus fort s'impose comme salut dans la société de demain, en l'occurrence
l'anglais.


Avec un affect particulier (qui fait appel le plus souvent aux critères anthropologiques sociolinguistiques et socioculturels) pour une
langue minoritaire, alors l'enseignement d'une langue minoritaire est viable. J'ai l'impression que cela sensibilise environ entre 0 et 8% de la population dans des grandes sociétés unilingues*.


* Pourquoi 8%? C'est le pourcentage d'Américains qui aimeraient voir se scinder les États-Unis en plusieurs pays. Je considère que ce chiffre correspond à l'idée que je me fais des gens sensibles
à la diversité et à l'autonomie en général, culturelle ou économique. C'est marginal et négligeable comme approche, cependant l'attirance des gens en général vers les langues de prestige mérite
un nouvel article.